Par Kathrin Schnurre
Neustadt. « Une partie du problème réside dans le fait que les gens préfèrent se concentrer sur les problèmes plutôt que de chercher des solutions », explique Miriam Jäger. Cette phrase s’applique à la plupart des situations de la vie. La scientifique Miriam Jäger et sa collègue Katharina Kleiner ne s’occupent toutefois pas des problèmes quotidiens dans le cadre de leur travail, mais d’une question importante pour l’avenir de la viticulture : comment rendre les vins Piwi plus populaires ?
Piwi est l’abréviation de « cépages résistants aux champignons », qui ont été sélectionnés pour être largement résistants aux maladies fongiques telles que l’oïdium, l’oidium et la pourriture noire. Pour cela, des cépages classiques sont croisés avec des vignes sauvages robustes.
Ces cépages, parmi lesquels on trouve par exemple le sauvignac, le solaris, le muscaris, le souvignier gris ou le satin noir, nécessitent moins de pulvérisations (deux à quatre fois par an au lieu de sept à dix), ce qui permet d’économiser de l’argent et de préserver l’environnement. Mais d’une certaine manière, les Piwi sont aussi les parents pauvres, comme l’a observé Jäger. Kleiner déclare : « Même les viticulteurs qui cultivent des Piwis ont du mal à les commercialiser. »
Jäger et Kleiner s’efforcent d’améliorer la réputation des « nouveaux cépages robustes », comme ils préfèrent les appeler. Et ce, en collaboration avec des partenaires issus d’instituts de recherche et d’universités de toute l’Europe. Les deux collaboratrices scientifiques de la chaire d’entrepreneuriat durable du campus viticole de Neustadt participent à un projet de recherche dans le cadre duquel des scientifiques d’Allemagne, d’Autriche, de France, d’Italie, d’Espagne, de Serbie et de Suisse travaillent à la « promotion d’une viticulture durable dans un monde en mutation grâce à des cépages résistants aux champignons ».
« GrapeBreed4IPM » – tel est le nom du projet – est une étude prévue sur quatre ans avec 21 partenaires, tels que l’Institut français de la vigne et du vin, l’Asociación Plataforma Tecnológica del Vino de España, l’Institut suisse de recherche en agriculture biologique ou l’Institut allemand Julius Kühn. L’Union européenne y consacre cinq millions d’euros, la Suisse 600 000 euros supplémentaires. « L’objectif du projet est de développer des cépages robustes et d’analyser les conditions nécessaires à leur introduction réussie sur le marché », peut-on lire dans une description. L’Union européenne souhaite réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, et les cépages résistants aux champignons sont une solution pour y parvenir. Et d’ajouter : « Si les produits phytosanitaires conventionnels continuent d’être restreints sans qu’aucune alternative viable ne soit proposée, une partie importante des vignobles européens pourrait être menacée. »
En janvier et février, les deux scientifiques palatines ont fait leurs valises et organisé des ateliers dans les pays participants, au cours desquels des professionnels de la viticulture, de la recherche, de la sélection, de la politique, des associations et du commerce ont élaboré des stratégies visant à populariser les Piwis.
L’une de ces réunions s’est tenue à Ludwigshafen, où se trouve l’Université des sciences économiques et sociales (HWG). Le campus viticole de Neustadt – mentionnons-le en passant – est un établissement commun à la HWG Ludwigshafen, à l’université de Kaiserslautern, à l’université technique de Bingen et au centre de services pour les zones rurales de Neustadt.
Une douzaine de représentants se sont donc récemment réunis à Ludwigshafen pour réfléchir à l’avenir des Piwi. L’un des exemples élaborés consiste à développer une gamme de vins mousseux Piwi qui s’adresse spécifiquement aux jeunes. Ou encore : créer une alliance Piwi avec des « ambassadeurs » composée de vignerons, de consommateurs et de commerçants. Ou encore : ne pas commercialiser le Piwi comme une « catégorie spéciale », mais le mettre sur un pied d’égalité avec les cépages traditionnels. Selon M. Kleiner, la viticulture du futur ne se limite pas à la culture de nouveaux cépages ou au développement des cépages existants, et il cite une lacune du passé : « On a beaucoup cultivé sans se soucier du consommateur. »
Les chercheuses souhaitent désormais se concentrer particulièrement sur le consommateur et ont élaboré un questionnaire afin d’en savoir plus sur les critères d’achat des gens en matière de vin. Au total, le projet européen, qui doit s’achever en 2028, est mené par sept groupes, qui ont tous leurs propres programmes de travail. Les deux Palatines s’occupent du domaine de la « co-création », qui comprend des recommandations pour des stratégies de marché internationales, tandis que d’autres chercheurs se concentrent sur les « bases moléculaires de la résistance aux maladies » ou « les croisements et les nouvelles techniques génomiques ».
Les cépages Piwi sont souvent utilisés dans les cuvées, c’est-à-dire dans les vins qui contiennent différents cépages. Kleiner cite un exemple français : « Le Voltis peut être utilisé comme partenaire de cuvée dans le champagne. » Mais en réalité, elle estime que les vins devraient être vendus séparément et sous leur propre nom, et non « cachés » : « Pour moi, une cuvée n’est pas la solution. »
En Allemagne et en Suisse, les cépages Piwis sont cultivés sur environ 3,5 % du vignoble, en Espagne sur moins de 1 % et en Autriche sur 2 %. Il y a donc encore beaucoup de marge de progression.
Sondage
Si vous souhaitez participer au sondage, rendez-vous sur www.weincampus-neustadt.de, mots-clés : recherche, gestion d’entreprise, professeur Marc Dreßler, projets de recherche, GrapeBreed4IPM.